Ces Gaulois qui se battent au nom de la boxe khmère
| Par Laurent Le Gouanvic |
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| 13-05-2008 | |||||
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Une poignée de Français et de Cambodgiens tentent de promouvoir depuis plusieurs années le Kun khmer sur les rings européens. Ils viennent de lancer un appel sur Internet pour les aider dans
ce noble combat.
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Boxe au Cambodge : Cambodgiens et Français, pieds et poings liés par le Kun khmer
Soumis par Laurent Le Gouanvic
08-08-2008
Phnom Penh, le 17 juillet 2008. Etrange ballet, à l'ancien stade olympique de Phnom Penh : les héritiers cambodgiens de
la tradition de la boxe khmère initient les boxeurs français à leur discipline
© John Vink / Magnum
Quatre pneus, deux sacs de sable, une moquette poussiéreuse et le ciel pour seul toit : le décor dans lequel les Français
Philippe Sébire et Eric Roussey entraînent leurs boxeurs, en cette orageuse journée de juillet, au vieux stade de Phnom
Penh, n'a pas grand-chose à voir avec les salles propres et calfeutrées dans lesquelles ils ont l'habitude d'évoluer, l'un
en région parisienne, l'autre en Vendée (ouest de la France). Les sportifs français qu'ils encadrent voulaient de
l'authentique : les voilà servis, à suer sang et eau, tous les jours, pendant trois semaines, de 6h à 8h puis de 14h30 à 16h30,
dans le cadre d'un stage d'apprentissage organisé au Cambodge auprès des meilleurs boxeurs cambodgiens. Une
plongée au coeur des origines du Kun Khmer, un art que ces "barangs" souhaiteraient promouvoir en France face à la
galvaudée et européanisée boxe thaïe [ajout du commentaire d'un lecteur 14-08-2008**]. Reportage.
VOIR EGALEMENT LE DIAPORAMA SONORE SUR LA BOXE KHMERE
Des boxeurs d'horizons divers, réunis par le Kun khmer
Tatoués, musclés et vigoureux, ces solides combattants français prennent soudain des airs de grands enfants, se
faisant humbles devant des plus petits qu'eux : des boxeurs khmers aussi fins que vifs, capables d'envoyer au tapis
dans les règles de l'art n'importe lequel de ces gaillards venus d'Europe. Charpentier-menuisier, avocat, plâtrier, étudiant,
employé hospitalier ou agent de sécurité, âgés de 15 à 45 ans, ces Français sont venus des quatre coins de l'Hexagone
et, pour la plupart, ont pris pour la première fois l'avion afin de, modestement, aller à la rencontre de ces jeunes
Cambodgiens héritiers d'une tradition millénaire jusque-là préservée d'influences extérieures et peu connue du monde
occidental. Les sportifs cambodgiens, dont certains vivent dans les baraquements collectifs du vieux stade, propriété de
l'armée cambodgienne qui les emploie, n'ont rien de donneurs de leçon : ils partagent avec une fierté non dissimulée
leur savoir.
Après une longue séance d'échauffement, Barangs d'un coté, Khmers de l'autre, la rencontre se produit. Les groupes
par nationalité se défont, les sportifs des deux pays se saluent, se jaugent, se lancent des regards plus respectueux
que belliqueux, appelant néanmoins au combat. Deux par deux, peau blanche contre peau d'ambre, on se colle, on se
décolle, on épouse le rythme de l'autre, on sonde sans une parole ses intentions, ses désirs, dans un corps à corps
moite, étonnamment délicat. A ce jeu-là, les Cambodgiens mènent la danse, montrant et remontrant chaque geste,
l'accompagnant occasionnellement de quelques mots de khmer que l'adversaire français, soudain animé de la flamme du
Kun Khmer, comprend sans effort. Le plus souvent, il suffit d'un simple souffle pour impulser le rythme de l'échange ou
indiquer la direction à suivre.
Une fierté partagée
Cambodgiens et Français sont visiblement fiers de cette confrontation inédite : les uns de voir leur art reconnu et
vénéré hors des frontières du Cambodge, les autres d'avoir fait ce grand saut vers l'inconnu, vers une Asie jusque-là
fantasmée à laquelle ils se confrontent désormais chaque jour. La réalité, forcément, est plus âpre. "C'est dur, confie Eric
Roussey, entraîneur à Saint-Hilaire-de-Riez [ouest de la France], notamment de voir des enfants pauvres traîner dans les
rues. Mais on est heureux de voir des jeunes boxeurs cambodgiens qui continuent de pratiquer leur sport, même dans
des conditions difficiles, et d'apprendre auprès d'eux. Il n'y a pas beaucoup de disciplines pour lesquelles les
Occidentaux font encore le déplacement dans le pays d'origine, afin d'apprendre les traditions des sportifs.
Contrairement à d'autres, nous ne sommes pas là pour dire 'on sait tout', alors qu'on ne sait rien..."
Eric, qui se qualifie lui-même de "casanier" et a fait là son tout premier grand voyage, a d'abord brillé sur les tatamis de
karaté, avant de s'initier à ce que les Français appellent la "boxe thaïe". Sans le savoir vraiment, il a pratiqué plusieurs
années durant la boxe khmère dans un club de Muay Thaï, coaché par un entraîneur cambodgien, Monsieur Pythi. "Les
Cambodgiens en France pratiquent leur art dans l'intimité. En fait, beaucoup de gens font de la boxe khmère, tout en
disant faire du Muay Thaï. Mon entraîneur, lui, m'a toujours dit que le Cambodge était le berceau de cette discipline."
Ce voyage a donc pris des airs de quête initiatique pour ce robuste trentenaire. "C'est très fort en émotion, avoue-t-il,
relâchant ses pectoraux ornés d'un tatouage d'une scène du Ramayana. La plus grosse émotion, je l'ai ressentie au
stadium. La musique, l'atmosphère, les prières, les traditions : tout ce que j'avais imaginé était là, réel. J'avoue que j'en
ai eu les larmes aux yeux."
A la recherche d'authenticité
Philippe Sébire, entraîneur à Andrésy (région parisienne), président de l'association Kun khmer développement et
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initiateur de ce stage – le deuxième du genre qu'il organise au Cambodge* - évoque quant à lui "les frissons" que
lui procure chaque combat de ces champions khmers dont il admire tant la puissance technique que la modestie. "J'ai
aussi démarré avec la boxe thaïe, avant de tout donner, de changer ma vie pour le Kun khmer : je me suis fixé un
challenge, développer cet art, raconte-t-il avec un enthousiasme débordant. Les boxeurs cambodgiens comme E
Phoutang ont une culture ancestrale que l'on ne trouve plus dans la boxe thaïe. Beaucoup de clubs de Muay Thaï en
France en ont marre de voir ce sport devenir une activité de combat sans aucune référence à sa culture d'origine. Cela
n'a plus rien à voir avec l'esprit originel : c'est du full contact, du kick boxing ou du K-one... Aujourd'hui, des clubs
aimeraient conserver les traditions, la culture et l'esprit de cet art, et se tournent donc vers le Kun khmer."
"La boxe khmère, c'est un sport chaleureux, humble, culturel", confirme Eric, qui prêche des convaincus. Entre deux
mouvements, le jeune Ludovic acquiesce : "J'attendais depuis longtemps un voyage comme celui-là et j'avoue qu'au
départ, je pensais plutôt aller en Thaïlande. Mais le Cambodge, c'est largement mieux ! C'est l'origine ! C'est une chance
unique et un grand honneur que nous avons là de rencontrer les pros du Kun khmer", explique-t-il, avant de se lancer
dans une énumération de mots qu'il associe à ce grand voyage : "émotions, valeurs, sourire, respect".
Comme plusieurs autres de ses camarades, Yann, 20 ans, a pris trois semaines de congés sans solde pour avoir le
privilège de se frotter aux boxeurs khmers. "Je tenais vraiment à apprendre de nouvelles techniques, inconnues en
France, pour les enseigner à mon tour aux élèves", livre-t-il, trempé de sueur, de lourds cernes sous les yeux.
"L'entraînement est rude, on est fatigué, mais quelle expérience !"
Thierry Château, avocat âgé de 42 ans, est l'un des rares de ce groupe de Barangs à avoir sillonné la planète, avec déjà
deux voyages en Thaïlande à son actif. Ce qui ne diminue en rien son plaisir d'être à Phnom Penh : "C'est vrai que, par
certains aspects, le Cambodge ressemble à la Thaïlande d'il y a vingt ans. Mais du coup, c'est plus authentique. En
Thaïlande, ce type de stage est organisé pour un public européen, avec des infrastructures modernes... Ici, c'est
l'authenticité qui prime. Le Kun khmer n'est pas sous influence européenne. C'est rude et ce n'est que l'essentiel. C'est
exactement ce qu'on cherchait."
Loin du sport business
"Ce n'est pas du business comme en Thaïlande. Ici on apprend et on échange. Je me remets sans cesse en question et
ça m'a aussi permis de vérifier que ce que j'enseignais en France était conforme aux techniques utilisées au
Cambodge", ajoute Eric, avec la fierté double du bon élève et du kru [professeur] désireux de transmettre son savoir.
Son initiative a forcé l'estime de ses deux filles restées en France : "Elles étaient fières de voir que leur père était
capable de faire ça, pas seulement pour un stage sportif, mais aussi dans un but culturel et humanitaire".
Car en plus de leurs shorts et gants de boxe, les boxeurs barangs ont emporté dans leurs bagages du matériel
médical, des jouets et une petite cagnotte destinée à financer l'achat de bicyclettes pour permettre à des jeunes
défavorisés de se rendre à l'école et, tant qu'à faire, aux entraînements de boxe. "L'an prochain, quand on reviendra, on
récoltera encore plus de dons", promet l'entraîneur vendéen. "Quand on reviendra..." La phrase réjouit Philippe Sébire :
son pari de faire aimer à des sportifs français non seulement le Kun khmer mais le Cambodge est atteint.
Après avoir aidé à la mise sur pied d'une commission fédérale française de Kun Khmer au sein de la Fédération
française de boxe khmère, thaïe, et disciplines affinitaires (FBTMTDA), à l'organisation de deux galas de boxe khmère en
France, auxquels ont participé entre autres E Pouthang et Chey Kosal, et à une série de démonstrations de Kun Khmer,
Philippe Sébire espère trouver des fonds pour faire de nouveau venir les boxeurs khmers en Europe. "Il faut qu'ils aillent
combattre à l'étranger ! Avec plus de matériel, des meilleures conditions d'entraînement et à armes égales, les
Cambodgiens seraient aussi forts voire plus forts que les Thaïlandais. Il doivent montrer ce dont ils sont capables dans
des galas. Quand on verra qu'ils peuvent battre les Thaïlandais, on s'intéressera sûrement aux origines du Kun khmer".
Philippe caresse également un vieux rêve : créer une école de Kun khmer au Cambodge, destinée à la fois aux
sportifs étrangers et aux Cambodgiens. Il peut compter pour cela sur le soutien de son infatigable épouse Duong-Tévi,
alias Môm, petit bout de femme d'origine cambodgienne qui est de tous les combats, tour à tour interprète, négociatrice et
coordinatrice portant la lourde responsabilité de traiter avec l'administration, l'armée et la police cambodgienne, dans un
milieu où les femmes ne sont pas légion.
Quand les élèves se découvrent maîtres
"Ce n'est pas facile, mais tout finit toujours par se régler", lâche-t-elle au détour d'une discussion avec l'un des boxeurs
khmers, traduisant en français ses propos. Vong Noy, 19 ans, originaire de Païlin (nord-ouest du Cambodge) a les yeux
qui brillent quand Môm lui demande s'il souhaiterait venir combattre en France et répond sans hésiter. "Je suis heureux
de travailler durant ces trois semaines avec des entraîneurs français qui s'intéressent à des Cambodgiens, confie-t-il,
timidement. Alors, oui, évidemment, j'aimerais aller combattre en France !" "Les Français sont costauds et très forts,
même s'ils ne sont pas encore aussi techniques que nous. Je suis fier d'avoir pu leur apprendre certains coups qu'ils ne
connaissaient pas." Quand on lui demande ce que les boxeurs français lui ont appris, il hésite longuement à fournir une
réponse diplomatique ou honnête, et opte finalement pour la seconde, un peu gêné de sa franchise : "En boxe
khmère... Ils ne m'ont rien appris..." Pour une fois, l'élève, qui pratique intensément le kun khmer depuis quatre ans, a
joué le rôle de maître. Vong Noy aura donc retenu au moins une chose de ces trois semaines passées aux côtés de ces
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Barangs toqués du Cambodge : à l'impossible nul n'est tenu.
* Le stage coordonné par Philippe et Duong-Tévi Sébire a eu lieu à Phnom Penh du 30 juin au 21 juillet 2008
** Commentaire d'un lecteur :
"Le niveau des nakmuay français est loin d'être galvaudé et occidentalisé"
Jérôme Kokouvi Abosti, dit "Kotd'or", champion de France classe A 2008 de Muay-thaï, élève et assistant de Jean-
Charles Skarbowski, et titulaire du diplôme d'instructeur de Kun-Khmer en France, nous a fait parvenir le commentaire
suivant.
"Bien qu'un peu "naïf", la fraîcheur de cet article est une pierre de plus à l'actif de la promotion du Pradal Serey en France
et par extention dans le monde. Cependant, en tant que passionné et boxeur pro en Muay, j'aimerais porter à votre
attention, en réaction à votre critique par trop généraliste sur le "galvaudage et l'européannisation" du Muay, que les
Français aujourd'hui impliqués dans le Kun-Khmer le sont uniquement par l'intermédiaire du MUAY ; et que déçus et ou
aigris par l'encadrement fédéral catastrophique du Muay en France, et peut-être aussi attirés sentimentalement par
l'authenticité "forcée" du Cambodge et de son peuple, se retrouvent aujourd'hui à promouvoir le Kun-Khmer en titillant la
fibre culturo-nationaliste des Cambodgiens ; ce qui d'ailleurs pourrait potentiellement s'avérer dangereux à l'avenir. (...)
Le niveau technique des nakmuay français est loin d'être le fruit d'un quelconque galvaudage puisque hors Thaïlande il
est le meilleur au monde, Pays-Bas compris; et si par "européannisé" vous soulignez le fait d'une absence d'utilisation
des coudes, c'est aux institutions officielles du sport français et leur politique de protection des personnes qu'il faut
l'imputer (autre société, autres moeurs); peut-être soulignez-vous la prééminence des techniques de poings : dans ce
cas, les Khmers devront s'y mettre sérieusement s'ils veulent concrétiser leur souhait de représentativité régionale
(contre les Thaïs) et mondiale (contre les occidentaux, ou "barangs"). (...) Des passionnés s'investissent corps et âmes
pour le Kun-Khmer certes (et j'en fais partie !), mais également pour le Muay-Thaï et ce depuis les années 70 !"
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Kun Khmer Boxing Andrésy


